L’abbé Grelier

Cet homme est pour beaucoup d’anciens habitants une figure emblématique du quartier. Il les côtoyait sans faire aucune distinction. La question religieuse n’était pas une barrière pour lui « l’abbé Grelier, il voyait tout le monde, et il ne s’imposait pas non plus. La première chose qu’il a dite à mon mari « tu ne viens pas dans mon église, mais je sens qu’autrement on va s’entendre » […] l’abbé Grelier, comme ceux qui ont été là après Georges, Joël, tout ça, il parlait dans le quartier sans s’imposer » (Georgette) Tous ces gens ont vu en lui un homme courageux, charitable et qui tenait une place importante dans la vie du quartier. En effet il a essayé par diverses actions de rassembler les habitants de la Pilotière et du Pin Sec « le père Grelier avait très bien compris ça , il a mis tout son humanisme pour qu’il y ait le plus possible de liens entre les gens du Pin Sec et de la Pilotière. Tout ce qui pouvait créer des liens, il était pour. Au catéchisme, il n’était pas question de mettre les enfants du Pin Sec derrière ceux de l’école des bonnes sœurs. C’était tout le monde à la même enseigne. » (Marthe)

Il est arrivé dans le quartier lorsqu’il a été décidé en 1956 d’y construire un édifice religieux. Il a aidé à l’édification de l’église Saint Jean-Baptiste « On a vu se monter la petite chapelle de la Pilotière, Saint Jean-Baptiste. On l’a montée avec le curé. Il nous emmenait au bord de la mer après. On n’allait jamais à la messe mais il nous a emmenés parce qu’on l’aidait à construire la chapelle. C’était l’abbé Grelier. » (Exelsio) Il a officié lors de l’inauguration de l’église le 23 septembre 1956, en présence de l’évêque de Nantes.

Il était à l’écoute de tous les gens du quartier sans distinction comme nous le relatent les frères Borsatti « Notre père s’est retrouvé à la clinique Brétéché pour se faire opérer de je ne sais pas quoi. Le curé passe et mon père dit : toi, si tu veux que l’on discute, tu ramasses ton cahier de chansons, et ensuite on peut discuter. Le curé aurait dit d’accord. Mais notre père n’était pas quelqu’un de buté. Avec l’abbé Grelier, il discutait bien mais il était à part c’était un curé formidable, avec l’arrivée des Algériens pour monter le Pin Sec, il les aidait pour leurs papiers. C’était la fin de la guerre d’Algérie et ils étaient plutôt mal vus ces pauvres gars. On a été copains , avec eux, il était impeccable. Il les aidait » L’abbé était vraiment très apprécié par tous dans le quartier.

Quand il est arrivé dans le quartier, il avait un statut de prêtre, son rôle était donc d’officier dans son église pour la messe et toutes les autres cérémonies religieuses. « C’est lui qui nous a mariés dans la petite chapelle » il s’occupait aussi des jeunes dans le quartier comme le raconte Bruno et Roger « Il était gentil, c’était un bon curé. J’ai appris à conduire avec lui sur le boulevard à La Baule. Il nous y emmenait en colonie, et il nous passait le volant de la 2ch. C’est aussi lui qui a monté la colonie de Saint Georges des Batignolles à Notre Dame de Mont » et il rajoute « Il y a des paroissiennes dans le quartier qui l’aimaient bien ! On ne va pas citer de nom. »

Jean se rappelle l’humanisme de l’abbé Grelier, prêtre-ouvrier : « Pour les nouveaux habitants, c’était dur parce qu’ils étaient loin du centre-ville et il n’y avait rien. Il n’y avait pas de vie comme il existait au centre-ville. Le père Grelier l’avait très bien compris. Il a mis tout son humanisme pour créer des liens entre les habitants du Pin Sec et de La Pilotière ». Il mettait également son téléphone à disposition des habitants qui en avaient besoin car il n’y avait pas de téléphone public dans le quartier. « Tout le monde dans le quartier allait téléphoner chez l‘abbé Grelier. J’aime mieux vous dire qu’il a mis plus d’une fois de sa poche » (Georgette) Il était dérangé à toutes les heures de la journée puisqu‘il a longtemps été le seul à avoir le téléphone dans le quartier.

Il s’est aussi beaucoup occupé de l’organisation de la kermesse de la Saint Jean, évènement qui réunissait tous les gens du quartier et qui était très apprécié.


L’une des choses qui a pris beaucoup de place dans sa vie c’est l’association de l’Etape chargé de la réinsertion de jeunes qui avaient fait de la prison « C’est lui qui s’occupait de la réinsertion des anciens prisonniers avec l’Etape ». Il s’est investi dans l’association dès sa création et lorsque l’évêque de Nantes lui a demandé de choisir entre sa fonction au sein de l’Eglise Saint Jean-Baptiste et l’Etape, il a choisi cette dernière. Il est alors devenu prêtre ouvrier et il a quitté le quartier avec le déménagement de l’Etape pour Carquefou en 1968.

L’abbé s’est donc par la suite investi totalement dans l’Etape, association pour laquelle il a consacré la fin de sa carrière. Il est aujourd’hui décédé.