Maraîchage
Le maraîchage nantais a débuté sur les bords de l’Erdre, à St-Joseph-de-Porterie et dans le quartier St-Donatien à la fin du XVIIIe siècle.
Concernant le lieu dit de la Bottière, un texte du 17 août 1817 parle du « grand chemin de Paris à la Bottière, par Bel-Air ». Il signale des ajoncs, l’absence de fossés et de routes, et la présence d’eau qui rendait ce chemin impraticable en hiver. Les »chemins » étaient alors vaguement empierrés. 
La présence de nombreuses mares attestait de l’influence de la Loire, favorisant la multiplication des puits. Le climat local ainsi que l’eau en abondance, la végétation considérable prédestinaient ce lieu à un usage agricole. En effet plusieurs témoins racontent que sur le terrain aujourd’hui utilisé par le centre socioculturel, il existait plusieurs puits. Certains habitants racontent que l’eau était vraiment omniprésente à la Bottière depuis le ruisseau du Gué-Robert jusqu’à la mare où on allait puiser l’eau d’arrosage et à laquelle on ajoutait du vin pour la boire.
Le texte du 17 août 1817 mentionne également l’existence de l’octroi qui constituait une contribution payante que certaines municipalités étaient autorisées à établir et percevoir sur les marchandises de consommation. Les resquilleurs essayaient de passer de nuit pour ne pas avoir à payer cette taxe !
En 1857, 18 ménages vivaient à la Bottière soit 86 personnes recensées, abstraction faite des enfants en nourrice auprès des cultivateurs, qui constituaient un complément de ressource tout en préservant la santé et la beauté des nantaises aisées, souvent au détriment de ces enfants qui mouraient nombreux en bas âge.
Les paysans commencèrent à s’intéresser au maraîchage vers 1860, la proximité de Nantes, une ville à nourrir, induisait cette évolution. Outre Chantenay à l’ouest, la zone de St Donatien succombait déjà à l’extension de la ville et le maraîchage glissa vers l’Est, sans parler de Doulon. Ce doit être à cette période que les domaines de la Grande Garenne et de Bel Air se développèrent autour du maraîchage.
La date de 1883 semble importante pour la naissance de la profession de maraîcher. Ils ne disposaient que de petit jardin où poussaient en toute saison des légumes divers qu’ils allaient vendre au marché, place de la Duchesse Anne, puis par la suite, au champ de Mars.
Le terme de »tenue » maraîchère désignait au début une modeste dépendance du manoir exploitée par le »tenuyer » du suzerain. Les »tenues » étaient les héritières des jardins des propriétés bourgeoises ou nobiliaires. Elles avaient des caractéristiques communes. C’étaient des pièces de terrain toutes en longueur, closes de hauts murs, avec un point d’eau pour l’arrosage et des bâtiments pour l’exploitation.
Au début du XXéme les maraîchers vivaient souvent sur un ou deux hectares de terre qu’ils exploitaient en famille. Ils produisaient au printemps des radis / carottes / salades – en été des choux-fleurs / céleris branches / melons / concombres / petits oignons blancs – en automne des tomates / salsifis / choux fleurs / épinards en hiver des poireaux / céleri-boules.
Si leurs productions étaient variées, les maraichers nantais étaient toutefois plutôt spécialisés dans les laitues et les choux-fleurs. Ils expédiaient au printemps des laitues et des carottes à Paris par train au départ de Doulon. A ces productions légumières s’ajoutaient la culture des chrysanthèmes pour la Toussaint, et après-guerre le muguet pour le 1er mai.
Le gué Robert qui passe encore entre l’avenue des Blés d’Or et la rue du Petit Bel Air ainsi que le ruisseau des Gohards n’ont plus suffià maintenir le niveau hydrologique de la Bottière ce qui a nécessité le creusement de 80 puits et l’approfondissement d’autres dès 1950. Aggravé par le creusement de la Loire en 1975 pour permettre aux péniches pétrolières de remonter jusqu’à Bouchemaine, entrainant par là même l’écoulement accéléré des ruisseaux dans la Loire suite à une baisse du niveau de cette dernière. Le ruisseau des Gohards, localisé à hauteur de la nouvelle bibliothèque Floresca Guépin, sera réhabilité dans le cadre du nouveau quartier courant 2009.
Autre conséquence pour l’approvisionnement du sable nécessaire à l’ameublissement de la terre maraîchère (0,3 cm3 par m2), la suppression du seuil rocheux au pont de Bellevue a eu pour effet de vider les réserves naturelles de sable de Loire qui ont été emportées jusqu’à la mer, obligeant aujourd’hui l’extraction du sable de mer au Pilier, à l’ile de Noirmoutier.
La journée de travail des maraîchers était très dure. En été, elle durait 15 heures, voire 19 les jours de marché et cela 3 jours par semaine en été. Lever à 3h et coucher à 22h agrémentée d’une indispensable sieste après le déjeuner. A Monsieur, les travaux tel que le semage et le travail de plantation, à Madame, le travail harassant des récoltes, de l’éclaircissement des carottes… par grand froid et pluie, en plus de son travail ménager. Jusqu’en 1956, on a utilisé la force du cheval pour les travaux agraires et les marchés, jusqu’à l’arrivée de la mécanisation.
Ils gagnaient bien leur vie, du moins aux yeux des ouvriers des Batignolles ou des Chemins de fer, par exemple, qui, parfois travaillaient en heures supplémentaires chez les maraîchers. Ils y récupéraient quelques plants pour leurs jardins le long des voies ferrées menant vers Segré qui, dès le XIXe siècle, limitaient le secteur.
Les expropriations liées à l’extension des habitations et des zones industrielles amenèrent le nombre de 220 tenues dans les quartiers Est de Nantes en 1965 à 6 en 1999. Aujourd’hui il n’en resterait plus qu’une seule dans l’est nantais. A partir des années 50 les constructions de logements se sont accélérées dans le quartier, entrainant la disparition de ces tenues. Marthe raconte « quand on est arrivé ici, il y avait des champs et des tenues maraichères. Où est maintenant la rue Champollion c’était une grande tenue maraîchère. » Elle rajoute « ils ont construit une cité au milieu des tenues maraîchères. Alors pour les pauvres gens c’était terrible! [...] Ils étaient un peu à l’écart [...] on n’était pas au bout du monde mais on avait l’impression d’être là où la ville finissait. La ville finissait au passage à niveau. Après il n’y avait plus rien, il y avait beaucoup de terrains vagues. »