L’Etape
La structure de l’Etape est créée en 1951 par les bénévoles de l’OVDP (Œuvre de la Visite des Détenus dans les Prisons). Près du Champ de Mars, dans un baraquement, le Président de l’association, Monsieur Billot, fait installer une vingtaine de lits pour recevoir des ex-détenus marqués par leur incarcération. C’est un centre d’accueil, d’hébergement et de reclassement. Lors des débuts de l’Etape, deux difficultés importantes apparaissent : la réinsertion sociale et professionnelle de cette population d’anciens prisonniers et l’absence d’encadrement adapté. En effet, au commencement, le directeur M. Billot était le seul personnel d’encadrement de l’association.
En 1952, Monsieur Billot fait acheter par l’association un terrain dans le quartier de la Pilotière dans la rue de Toul. Un « baraquement à peine salubre » est aménagé à côté de la parcelle qui deviendra l’église Saint-Jean-Baptiste, puisque celle-ci ne sera construite qu’à partir de 1955. Cette même année, faute d’éducateurs spécialisés et de financement stable, le Préfet de Loire-Inférieure (ancienne dénomination du département de Loire-Atlantique) décide de la fermeture de l’établissement jusqu’à résolution de ces deux problèmes. En décembre 1955, Félix Dupuis est alors recruté comme éducateur par Xavier Champenois, nouveau Président de l’OVDP.
La création officielle de l’Etape le 16 juin 1958 est le fruit de la rencontre de cet éducateur Félix Dupuis et de l’abbé Pierre Grelier, prêtre de l’église Saint-Jean-Baptiste. L’organisation de la structure est consolidée et reconnue par les professionnels travaillant avec les ex-détenus. Marthe se souvient : « L’abbé Grelier s’est beaucoup investi avec l’Etape pour les gars qui sortaient de prison. C’était un centre d’anciens prisonniers. C’était un grand baraquement à côté de la chapelle. Il y avait un dortoir et une salle. Le directeur habitait avec sa famille au bout du baraquement ».
L’association a pour objectif principal la réinsertion : trouver un travail, suivre des horaires fixes, rétablir des rapports sociaux, entretenir un logement, préparer la cuisine, etc., toutes les petites choses de la vie quotidienne. Dans le contexte d’après-guerre, de reconstruction du pays et de la crise du logement, l’Etape met en place une petite société de fabrication de parpaings et des chantiers de déboisements (Morbihan, Touraine). De nombreuses négociations sont engagées avec de petites entreprises du bâtiment notamment pour le recrutement d’ex-détenus. L’Etape intervient également en cas de conflit entre l’employeur et le nouvel employé. Roger nous raconte sa rencontre avec l’un des prisonniers de l’Etape « C’était des bagnards. Une fois, il y en a un qui nous avait payé un coup. Il avait eu une peine pour vol qualifié. Il nous avait montré son pédigrée. Il avait eu 12 ou 15 ans de réclusion. C’était un gars super sympa. »
De nombreux anciens prisonniers arrivent progressivement de toute la France. Marthe raconte comment l’Etape est partie du quartier de la Pilotière : « C’est devenu trop petit, ils sont donc partis à la Tournière à Carquefou. L’abbé Grelier avait passé tellement de temps avec ces gars à essayer de faire quelque chose avec eux. Il est parti à la Tournière comme aide-éducateur ». En effet l’abbé Grelier s’est beaucoup investi dans ce projet, c’est pour cette raison qu’il a suivi le déménagement de l’Etape à Carquefou en 1968, où elle se situe encore aujourd’hui.
