La solidarité

Dans les quartiers de la Pilotière et du Pin Sec, la solidarité n’est pas un vain mot. Dès la naissance du nouveau quartier, les militants de l’Association Populaire Familiale (l’APF devenue la CSCV) partent à la découverte des besoins des familles. L’APF a permis à certaines personnes de prendre des responsabilités au sein de l’association, concernant entre autre les commandes groupées de denrées, mais sans cette association des gens n’auraient jamais pris d’initiatives ou de responsabilités. Un accueil des nouveaux dans le quartier et une organisation de services collectifs sont créés. Pierre se souvient : « Quand de nouveaux habitants arrivaient, j’allais tout de suite les voir. Je leur disais : Voilà Monsieur, Madame, il ne faudra pas vous gêner. Si vous avez besoin de quelque chose, je suis là. Et ensuite, on se parle, on se dit bonjour c’est comme ça que ça marche. »

Pour les militants de l’APF la machine à laver le linge et la machine à tricoter ont circulé d’un logement à un autre avec « un carnet et une boîte pour les sous », raconte Georgette. La structure associative de l’APF organise dès les années 60 des achats en gros pour ses adhérents. Les aliments sont achetés en grande quantité auprès de paysans des alentours et expédiés directement aux habitants. Une personne de l’association est responsable de l’accueil de la livraison et de la distribution dans les quartiers. Par exemple, la campagne de pommes de terre a permis de distribuer plus de 38 tonnes sur les quartiers de Saint-Joseph, de la Halvêque, de Baratte, du Ranzay, du Grand Clos, de la Pilotière et du Pin Sec.

D’autres denrées ont également été partagées : les carottes, les haricots, les poireaux, le beurre, les yaourts, les œufs, le poulet, etc. Georgette se rappelle notamment de l’achat en gros des poulets « Mes enfants ne pouvaient plus manger de poulets parce que les habitants commandaient des poulets mais ne les prenaient pas. On mangeait donc les poulets restant et ils ne voulaient plus entendre parler de poulets ! » Des commandes de poissons frais sont également faites directement aux pêcheurs du port de Lorient.

La solidarité n’était pas seulement alimentaire puisque Bruno et Roger racontent que lors d’un accident de la route survenu sur la route de Paris, un camion avait défoncé la façade de la maison de leur voisin « la solidarité avait fonctionné parce qu’il était venu coucher chez nous. »

De nombreuses activités sont animées par des bénévoles du quartier : cours de cuisine, réunions d’information, d’aide familiale, de défense des locataires, etc. Les gens s’entraident à construire les maisons.

Le curé du centre religieux de la rue de Toul, l’abbé Grelier, mettra son énergie et son téléphone au service des habitants. Il organise les fêtes de la Saint-Jean et les kermesses. Il fait le lien entre les habitants de la Pilotière et ceux du Pin Sec. En 1965, un téléphone public fait enfin son apparition dans le quartier. Les panneaux ne manquent pas pour indiquer son emplacement. L’abbé n’était pas le seul à venir en aide aux plus démunis dans le quartier certains habitants racontent que la boulangère Mme Coric offrait parfois de la nourriture. Il y avait aussi le Dr Paris qui soignait gratuitement les plus nécessiteux. Un bureau de poste a longtemps manqué malgré les démarches engagées par les associations du quartier dès 1959.

En 1966, le centre médico-social (le futur complexe de bâtiments de la crèche et du centre socioculturel de la Pilotière) est construit le long de la route de Paris suite à la campagne de signature d’une pétition. L’APF aura rassemblé plus de 450 signatures d’habitants. Les habitants du Pin Sec auraient préféré une implantation au milieu de leur quartier. Mais cette association ne sera même pas invitée par la mairie lors de l’inauguration du centre, à cause d’opinions politiques différentes. Adultes et enfants de la Pilotière et du Pin Sec s’y retrouvent aujourd’hui pour participer à des activités de tout genre.

Cette tradition de solidarité perdure à travers les nombreuses actions des associations du quartier et du centre socioculturel de la Pilotière.