Commerces

De nombreux commerces se sont succédés dans le quartier de la Pilotière et du Pin-Sec. Au vu de la multitude, nous ne pourrons pas citer tous les commerces qui ont existé. Nous nous limiterons à ceux créés à partir des années 50.


 

 

 

Sur la route de Paris

Le boulevard Jules Verne qui s’appelait autrefois route de Paris était très commerçant. Commençons par la Chocolaterie MONOPOLE qui embaumait le quartier dans les années 50. Elle a laissé place à l’usine CASSEGRAIN et aujourd’hui on y trouve le magasin LIDL. Puis à l’angle de la rue de Nancy, un garage tenu par M. Tillais était déjà installé, à suivre une charcuterie, le café de la Pilotière et le marchand de chaussures Barbedet. Ce dernier, quelques années plus tard, a laissé place à la poissonnerie Chasseloup, puis à une auto école, un magasin d’électroménager et maintenant une agence intérim.

commerces_02En allant vers la Haluchère, après la cité de baraquements où est aujourd’hui le centre socioculturel de la Pilotière, une station d’essence était tenue par Mme Béguin. Installée dans un baraquement, Mme Guihéneuf proposait des repas ouvriers. Tout le monde disait: « On allait manger aux Patates ». C’était des repas très simples où les pommes de terre étaient sans doute souvent servies. Il y avait ensuite le Café Jules Verne puis la Maison Provost. Ces derniers vendaient et réparaient des deux-roues. C’est aujourd’hui un institut de beauté.

Après l’école Notre-Dame des Batignolles, habitait «Titiss» le poissonnier ainsi appelé par tout le quartier.  Il faisait avec son triporteur la vente de sardines et de moules et annonçait son passage en soufflant dans une corne. Jacqueline et Gabrielle se souviennent: « Tous les soirs à 18h00, Titiss s’annonçait. Coiffé d’un béret et vêtu d’une blouse grise, il se déplaçait avec un triporteur. Il proposait gentiment des sardines du Croisic qu’il déposait directement dans l’assiette.»

Après la maison de Titiss, M. Félix Fontaine avait installé son atelier où il réparait les voitures. Il faisait un peu de mécanique mais plus particulièrement de la carrosserie. A côté, le magasin Gloux vendait du matériel de pêche et des graines, après un coiffeur pour hommes…

Plus loin dans un grand terrain bordé d’une haie se trouvait la casse de voiture de M. Couderc. Une petite station d’essence la séparait du café le Paris-Nantes qui jouxtait l’entreprise Gautier spécialisée dans l’aménagement de moulins, de minoterie et de silos à céréales. Juste avant le passage à niveau, était installé l’usine d’aliments pour le bétail TOTALIMENT. Elle était appelée par tous « la Mélasse.»

De l’autre côté de la voie ferrée, où se trouve maintenant la Clinique Jules Verne et le Leclerc Paridis, il y avait d’autres artisans et commerçants dont le Café Sanson et un autre café le Printemps où les jeunes allaient danser le dimanche. C’était le «quartier de la Ville en Chien.»

Coté Batignolles, il y avait une épicerie-cave Barelier ainsi qu’une fleuriste et un marchand de graines et l’hôtel des Transporteurs ; ce dernier existe toujours. Puis en allant vers l’entrée de l’usine qui donnait alors sur la route de Paris, il y avait la boucherie Chaplais, le restaurant des Trois Pigeons, le Café du Chalet, le Café de l’Avenir qui a disparu depuis et également un réparateur de vélo Monsieur Baumann.

À l’entrée de la rue de la Petite Baratte, il y avait le Café-tabac Pouivet, qui existe toujours aujourd’hui, la Poste des Batignolles et la Droguerie Astic. C’est aujourd’hui une boulangerie. Dans cette même rue, le marché du mardi était très achalandé. Aujourd’hui il a disparu. On y trouvait poissonnerie, boucherie chevaline, charcuterie, légumes, fruits, mercerie, vêtements, chaussures, etc. Les habitants des quartiers des Batignolles, de la Barrate, de la Haluchère, de la Pilotière et du Pin Sec s’y ravitaillaient. Jeannine se souvient « Il y avait un marché tous les mardis rue de la Petite Baratte. Il y avait beaucoup de monde mais maintenant il n’y a plus rien. Le mardi, je sortais à midi et je faisais mes commissions. Je retournais au travail et le soir j’avais mes courses. C’était toute une organisation.» Il a existé au moins jusqu’en 1984. Il y avait également un autre marché le vendredi sur le boulevard des Poilus au rond-point de Paris.

 

Dans la Pilotière

Au numéro 44 de la rue des Platanes, en face le centre socioculturel, Mme Coquet avait installé son salon de coiffure. Le salon a disparu mais la maison est toujours là. Plus loin au coin de la rue de Nancy et de la rue des Platanes, Mme Grasland (Grand-mère de Jacqueline qui a participé à ce travail de recherche) tenait une épicerie depuis 1934. Elle faisait aussi à manger pour les ouvriers qui construisaient dans le quartier.

Au numéro 10 de la rue de Nancy, on pouvait aussi se faire coiffer dans le salon de coiffure de Mme Coche. Il a été racheté par M. Thierry Rio qui l’a déménagé route de Paris à l’emplacement de l’atelier de M. Fontaine qui avait arrêté son activité.

A l’angle de la rue de Nancy et du boulevard de la Pilotière, Mme Dumoulin ouvre en 1955 le magasin « Au Pilotis ». Marthe raconte qu’«elle vendait des journaux et faisait de la mercerie». Elle ajoute: « On allait y chercher le journal et on rencontrait tout le monde. C’était un endroit où l’on causait.» La mercerie de Mme Dumoulin était aussi le second endroit où l’on pouvait téléphoner dans le quartier.

En face, l’épicerie Milcendeau reste dans le quartier jusque dans les années 1970. M. Prod’homme installe sa boucherie au coin des rues de Nancy et de Toul. Dans la rue des Platanes, se trouvaient la boulangerie d’abord Coric puis Charriau et le garage Moisan. Dans la rue d’Epinal, Mme Rougé vendait des volailles et de la crémerie sur les marchés nantais. Elle s’occupait également des anciens dans le quartier. Elle faisait des réunions dans la salle du Ranzay et envoyait des colis aux personnes âgées. Bruno Borsatti se souvient « On allait à l’épicerie ou à la boulangerie. Avant d’aller à l’école, on allait avec Jacquot Lemoine à la boulangerie chercher des bonbons. Il y en avait toujours un qui occupait la mère Coric. On prenait du chewing-gum « Mistral Gagnant » donc on arrivait toujours à en avoir un gratuit. La mère Coric qui était sympa comme tout ne disait jamais rien. Elle savait bien que l’on grattait mais elle ne disait rien.»

Et puis il y avait Maurice le coiffeur. Excelsio s’en souvient très bien : » On y allait le jeudi après- midi parce qu’à cette époque là, c’était le jeudi où l’on n’ avait pas classe. On y passait l’après-midi. Comme Maurice avait un petit penchant et que les ouvriers des Batignolles venaient là, ils étaient tous copains donc ils allaient prendre un petit verre. Il nous laissait. Le soir, six heures arrivait et Maurice n’avait pas eu le temps de nous couper les cheveux. Il nous disait « les gars vous viendrez jeudi prochain ». Il reculait comme ça sans arrêt. Voilà un peu l’ambiance. Il y avait des fanfarons qui essayaient de nous faire une coupe de cheveux pendant que Maurice était parti. Il y en a un qui faisait le guet à côté de la porte pour pas que l’on voit nos bêtises.A ce moment là, il y avait les gros vaporisateurs et c’était l’amusement ».

 

 

Dans le Pin Sec

Lorsque les immeubles du Premier Pin Sec sortent de terre, quelques commerces s’installent: la boucherie Landais (n°4) et une poissonnerie dans la rue de Valenciennes, un Dock de l’Ouest, un café et un magasin de laine Phildar dans la rue Louis Guiotton, une épicerie tenue par Mme Chemin dans le bas de la rue des Platanes. C’est le seul magasin encore en activité.

Jeannine explique que « la salle du Radar d’aujourd’hui était un Dock de l’Ouest. C’était un car stationné sur un parking, au coin des rues Henri Dunant et Urbain Leverrier. On entrait d’un côté et on sortait de l’autre.» La supérette le Radar l’a ensuite remplacé. Avec la création des supermarchés, c’est « la mort » pour beaucoup de ces petits commerces qui petit à petit disparaissent. Lors de la disparition de la superette du Radar, les habitants se sont mobilisés pour garder le bâtiment. Il voulait que ce local devienne un lieu de sociabilité pour les gens du quartier. Et grâce à l’action de ces habitants, la salle du Radar existe encore aujourd’hui. Dans le quartier du Croissant, on trouvait la boulangerie Ganachaud qui faisait le portage du pain à domicile, une boucherie, un café-tabac, un cordonnier et les Salons Piou.

 

 

Les marchands ambulants

Des marchands ambulants venaient d’autres quartiers comme M. Modine qui livrait du lait au détail. Il signalait son arrivée au coin des rues et les habitants arrivaient avec leur bidon pour se ravitailler en lait frais. Jacqueline et Gabrielle se rappellent cet homme: « Avec son petit camion, M. Modine passait tous les matins avec des bidons de ferme. Il remplissait de lait les pots qui se trouvaient sur le bord des fenêtres à l’aide de ses mesures d’un quart et d’un demi-litre.»

 

Des charbonniers installés dans le quartier de la Haluchère livraient dans ceux de la Pilotière et du Pin Sec. Il y avait M. Jamot, qui était le plus apprécié et celui qui vendait le plus dans le quartier, mais aussi M. Maisonneuve et M. Dupas. M. Jamot était également maréchal-ferrant. Charlie se souvient: « Nous avions les livraisons de sacs de charbon pour le poêle qui chauffait la maison.»

 

 

Les cafés

Les cafés étaient nombreux sur la route de Paris. Dans les années 1960, il en avait été recensé vingt et un entre le rond-point de Paris et le passage à niveau. Eugène témoigne: « Pour les adultes, les cafés étaient les seuls lieux de rencontre. A cette époque, tant au travail que dans les maisons, l’abus d’alcool et surtout de vins de pays a eu une incidence catastrophique sur l’espérance de vie, la santé et la vie familiale.»

Dans les cafés aux alentours des Batignolles, les verres de vin déjà remplis attendaient les ouvriers à la pause de midi et à la débauche en fin de journée. En effet, Jean raconte que « beaucoup d’ouvriers allaient au café. A la sortie des Batignolles, les chopines et les bières étaient prêtes sur les tables. Les gars les enfilaient vite fait avant de monter dans le car qui les ramenaient chez eux.» Entre le café le Paris-Nantes et l’usine des Batignolles on pouvait voir des bouteilles de vin bien calées dans des boîtes de conserve au bout d’un bâton qui « traversaient » parfois la route de Paris. Elles étaient attrapées par les ouvriers de l’autre côté du mur de l’usine. La boîte vide repartait dans l’autre sens avec la monnaie.

On peut voir à travers l’existence de tous ces commerces, que les quartiers Pilotière, Pin Sec étaient très vivants. Aujourd’hui une grande partie de tout ces petits commerces ont disparu au profit des supermarchés. Il subsiste toujours quelques cafés sur l’ancienne route de Paris avec l’activité de l’usine des Batignolles et l’ épicerie en bas de la rue des Platanes.