Les grèves

Le quartier de la Pilotière et du Pin Sec n’a pas échappé aux grandes grèves qui ont touché la France au cours du XXe siècle. De nombreux témoins nous ont relaté les différentes actions menées par les ouvriers des usines et entreprises implantées dans le quartier, telles que l’usine des Batignolles, la Chocolaterie, l’usine Brand, Saulnier Duval… Mais durant ces grèves les habitants du quartier ont fait preuve de solidarité envers les ouvriers qui travaillaient dans ces usines et qui vivaient dans le quartier.

La première grande grève qu’ait connu le quartier est celle de 1936. Nous avons très peu de témoignages sur cette grève dans le quartier. A cette époque celui-ci était en construction et il y avait encore peu d’habitants. Elle fut très importante au niveau national, mais aussi dans les usines du quartier, où les ouvriers se sont massivement mobilisés  » Les grèves de 1936, les hommes restaient dans l’usine, occupaient les lieux. » (Marie-Annie)

Par la suite, le quartier connaitra d’autres grèves comme celles de 1968 et 1971, dans lesquelles les familles du quartier se sont beaucoup plus impliquées, puisqu’une grande partie des ouvriers de ces usines habitait dans ce quartier.

Durant les grèves de 1968, Marie-Annie raconte que les ouvriers lançaient des boulons et des pavés sur les forces de l’ordre. Les ouvriers de toutes les usines de la ville se sont mobilisés, Jeannie explique que les ouvriers débrayaient et faisaient de grandes manifestations dans le centre ville. Charlie rajoute que pendant les grèves de 1968 c’était des camions de l’armée qui transportaient les gens, puisque tout était bloqué, paralysé par les grévistes et comme il y avait des pénuries de carburant, il ne restait que cette solution pour se déplacer et aller au travail pour ceux qui continuaient.

Ces grèves sont aussi marquées dans le quartier par un fort élan de solidarité « En 68, on avait occupé le centre de la Pilotière et on faisait des distributions de pommes de terre, carottes, poireaux…On les faisait là bas, on avait plusieurs paysans qui venaient nous ravitailler. On avait même notre drapeau quand on a occupé la Pilotière pendant les grèves de 68. Pour nous, les grèves de 68 ont été très marquées dans le quartier, il y avait beaucoup d’entraide. Il y avait beaucoup de gens qui travaillaient dans les usines et dans les trucs Saulnier Duval…. Il n’y avait que des gens d’usine par ici, plus le bâtiment, donc tout le monde était en grève. Ce n’était que des ouvriers. Il n’y avait pas un endroit où il n’y avait pas la grève. Ça a été dur 68 mais il y avait tellement une bonne vie de famille et d’entraide…jusqu’en 75. Puis ça a diminué doucement, d’année en année, il y en avait de moins en moins. Mais pendant 68, l’animation était très forte. On n’a pas senti le malheur parce qu’on était tous dans le même cas. » (Marie-Annie.)

La grève qui a sans doute le plus marqué les esprits des habitants du quartier, est celle lancé en 1971, par l’usine des Batignolles. Cette grève commencée le 7 janvier, s’est terminée le 2 mars. Les ouvriers demandaient un rattrapage des salaires par rapport aux autres entreprises de la région et la suppression du boni.

Ce conflit a mobilisé tous les gens du quartier, les hommes occupaient les bureaux de l’usine, les femmes s’occupaient du ravitaillement en s’installant de nouveau dans le centre socioculturel pour la distribution de denrées, les jeunes organisaient des bals et le 28 janvier les enfants ont défilé dans le centre-ville. Christine raconte que pendant la grève, la cantine scolaire fut réquisitionnée pour permettre aux enfants de manger gratuitement.

Finalement la grève s’est terminée le 2 mars, avec de faibles acquis sociaux. Mais grâce aux déplacements effectués par les délégués syndicaux un peu partout en France, cette grève a pris une grande ampleur, notamment avec le ralliement d’ouvriers des usines de la région au mouvement initié par les Batignolles.

La Pilotière et le Pin Sec ont participé aux grèves des différentes usines qui étaient implantées dans le quartier. De plus les habitants ont véritablement vécu ces grèves en voyant les cortèges des manifestations partir des usines pour rejoindre le centre ville. Mais également à travers l’utilisation du centre socioculturel comme lieu de distribution de vivres pour les familles d’ouvriers alors en grève.

On a encore pu voir récemment une grève dans l’ancienne usine des Batignolles, avec occupation des lieux par les ouvriers de l’usine Goss en mars 2009.

Source :

Deniot Joëlle, Usine et coopération ouvrière, éditions Anthropos